ESTHÉTIQUE
SIMPLICITÉ
EFFICACITÉ

Aneartiste sur deviantartAneartiste sur bluesky Aneartiste sur scoop-it

La dimension incertaine des nouvelles images

Le format est-il une question de résolution ?

En dessin numérique, la résolution est un paramètre à considérer dés les premières esquisses. Sur un écran standard Full HD avec une résolution de 1920 x 1080, réaliser quelques croquis sur la tablette graphique sans envisager au préalable une éventuelle exportation en grand format destinée à l'impression (A3, A2, A1 ou A0) risque de perturber grandement les étapes de la finalisation. Il est préférable, si l'on ne souhaite pas s'en tenir au format écran de prévoir d'emblée une résolution suffisante afin de ne pas être pris de court le moment venu. Si l'on dispose d'un écran 4K (3840 x 2160 px), voire 8K (7680 x 4320 px), on peut quasiment dessiner à taille réelle sur son écran tout en ayant l'assurance de pouvoir imprimer son travail dans une dimension acceptable sans être confronté à une pixellisation excessive. Mais dans l'absolu, le discours marketing autour des écrans ultra-haute résolution ne change pas grand-chose au rendu imprimé. La résolution d'un dessin se mesure en DPI ou PPI (pixels par pouce) et doit être définie dès le départ dans les paramètres du fichier graphique. Il est possible de répartir plus ou moins de pixels dans une zone donnée, cette donnée influera directement sur le format maximal d'impression obtenu à terme. Ce qui signifie, par exemple, qu'un format A4 peut faire autant de pixels de large et de haut que vous le souhaitez, tant que les côtés sont dans le bon ratio : un ratio de 3508 x 2480 est égal à 300 PPI. Il s'agit du minimum pour avoir un rendu correct.

résolution multiple,1200dpi 600dpi 300dpi/aneartiste.com1200dpi 600dpi 300dpi/aneartiste.com

Cependant, en fonction de la qualité d'impression, la différence de rendu pourra être visible à l'œil nu. On estime généralement qu'une résolution de 600 ppi est nécessaire, pour avoir quelque chose de satisfaisant. C'est d'ailleurs celle qui est exigée lorsque vous transmettez des fichiers à l'imprimeur. En pratique, cette résolution est donc idéale pour les graphismes finement détaillés aux couleurs nuancées, et offre une clarté suffisante pour l’impression de grande qualité. En revanche, pour une qualité réellement optimale, il est recommandé d'opter pour une résolution de haute qualité. La résolution de 1200 DPI est parfaite pour la numérisation de documents artistiques où chaque nuance compte, comme les images destinées à l'impression d'art. Néanmoins, il faut également considérer que plus la résolution est importante, plus le poids du fichier augmente. Lorsque j'ai travaillé sur l'affiche du Festival Chahut des Marais 2026 des Ateliers de la Bergerette, j'ai choisi d'emblée un format de 12200 x 16900 px en 600 dpi. Le poids du fichier numérique est logiquement conséquent. Le fichier GIMP (.xcf) constitué d'une vingtaine de calques représentait un poids décompressé en mémoire vive de 13,8 Go. L'affiche finale, aplatie : 1,9 Go, et compressée en jpeg à 80% : 16,8 Mo. Un bon choix puisque ce niveau de résolution m'a permis d'imprimer une version de l'affiche de 1,50 x 1m de qualité tout à fait acceptable.

Chahut des Marais 2026,détail/aneartiste.comdétail/aneartiste.com

« Le pouvoir du fabricant n'a pas besoin d'être manifesté. Il se love dans l'interface. C'est elle qui décide ce que voue en ferez ou pas. »
—Alain Damasio


La nouvelle dimension des images incertaines

Considérant ce lien entre résolution d'impression et surface imprimée, on pourrait conclure que la problématique se trouve définitivement résolue. Je pense personnellement qu'il n'en est rien. Il existe une différence notable entre dessiner à taille réelle sur une grande feuille de papier Canson – imaginons ici le format Raisin, une dimension classique dans les écoles d'art des années 1980 – et "crayonner" avec son stylet sur une tablette graphique quelle que soit sa taille. Il s'agit évidemment d'une nuance que ceux qui n'ont jamais arpenté les rues avec un carton à dessin sous le bras ne saisirons que difficilement, voire aucunement. Pourtant, lorsque l'on travaille directement sur le support, on est physiquement confronté aux multiples injonctions comportementales qu'impose la situation. Plus la surface est importante, plus le mouvement du bras, l'inclinaison du corps au-dessus de la feuille ou devant la toile, le balayage visuel permanent du regard, l'attention aux outils manipulés, se combinant étroitement au processus de réalisation du travail, influent de façon cachée, mais indiscutable sur la manière dont les décisions créatives apparaissent. Il est flagrant que la majorité des travaux réalisés sur écran manquent cruellement d'envergure et d'ampleur.

Affiches de Mai 68,Affiches/Mai 68Affiches/Mai 68

« Le geste d'écrire développe un certain type de mémoire, la mémoire du geste, qui s'affaiblit si l'on écrit sans geste ou avec des gestes dépourvus de sens. »
—Miguel Benasayag

Je me suis amusé à comparer les affiches proposées en 2024 sur le site 24x36.net pour le lancement de la campagne du front de gauche sous la houlette de deux designers indépendants, Geoffrey Dorne et Mathias Rabiot, avec celles imprimées aux Beaux-Arts de Paris une cinquantaine d'années plus tôt durant les évènements de Mai 68. Là où les premières respirent l'urgence, le dynamisme et la puissance du geste, à de rares exceptions près, les plus récentes paraissent corsetées, cérébrales, et étrangement modérées. Je suis intimement persuadé que cette différence provient du fait que les images créées sur écrans n'ont pas de dimensions. Ce que j'entends exprimer, c'est que la déconnexion opérée par l'ordinateur entre l'outil et son support prive les images de leur dimension physique et les enferment dans un au-delà sans consistance. Ils manquent à ces créations la vigueur qui se manifeste lorsque la mise en œuvre se heurte aux contraintes du monde matériel. Il se passe une chose curieuse lorsque l'on utilise le zoom pour changer d'échelle de vue ; l'objet de notre observation s'éloigne ou se rapproche, selon nos besoins, tout en se maintenant à égale distance de nos yeux. En dehors de ce pourcentage d'ajustement arbitraire aucun signe ne nous permet de déterminer quelle est la dimension réelle de l'image.

Affiches 24x36.art,Affiches/24x36.netAffiches/24x36.net

« S'il faut une échelle et des jumelles pour apercevoir la vérité, c'est que ce n'est pas la vérité. »
—Vincent de La Soudière

Et pour cause, celle-ci n'a aucune dimension réelle. Elle flotte en marge d'un devenir incertain, accrochée aux limbes d'une équation farcie de paramètres mathématiques que seuls les flux électroniques atteignent. Quels que soient les instruments utilisés en guise d'outils : souris, touchpad ou stylet ne sont rien d'autres que des interrupteurs. La simulation est totale et abolit toute interaction directe. Dans ce contexte, partir systématiquement d'un support matériel solide – un dessin sur papier A3 me semble un minimum – permet d'ancrer fermement l'amorce du projet et évite en grande partie ce décrochage irrémédiable qui menace toute création numérique...

publié le 29/04/2026, à 08h55 par Frédéric Schäfer

Précédent